lundi 25 mai 2009

Les années algériennes : Le retour de Madame Stora à Constantine (1990)

Extrait du film de Benjamin Stora
" Les années Algériennes " 1990

Merci à Benjamin Stora de m'avoir indiqué
le lien sur mon courriel privé. Atek Saha !

dimanche 17 mai 2009

Je tipase

Difficile ! Difficile d’oublier son passé. De faire table rase d’une Chronique portée en soi depuis des millénaires.

Et puis pourquoi oublier, Oublier quoi ? Qui ?

Trier les souvenirs, choisir les bons moments, ne garder que le meilleur en rejetant le pire.

Oublier pour mieux vivre demain.

Est-ce là que réside l’espoir tant attendu ?

Une visite dans le temps m’a permis de remettre ma pendule à l’heure. Figé depuis des siècles, j’attends comme tant d’autres, le signal du départ.

J’étais, hier encore, encore une fois, à Tipasa. Dans ces ruines que visitent toujours des âmes en détresse à la recherche de leur ombre. Tout, oui tout, a été dit, raconté, écrit, commenté, chanté sur Tipasa louée comme une reine vénérée.

Tipasa dont la mer flatte sans cesse les flancs dans un mouvement langoureux, presque charnel. Tipasa et ses ruines qui enfoncent plus profondément des racines chaque jour. Des ruines qui racontent, des arbres qui bercent des illusions fragiles. Des pierres qui parlent une langue inconnue.

Je triomphe, je ris, j’exulte, je jouis et je hurle de plaisir dans une communion parfaite.
Tipasa solitaire se veut gardienne de la mémoire. Vigile aux aguets, elle épie les moindres mouvements des fantômes qui errent.

Le décor est planté. Le Théâtre peut enfin ouvrir ses portes sur une pièce en un acte. Un acte décisif, fondateur, sublime, sexuel, bestial, primaire, primitif. Acte de naissance d’une cité qui réclame ses droits comme un dû exigé.Tipasa c’est hier, c’est demain, c’est toujours, c’est jamais, c’est ici, c’est nulle part ; c’est aussi la vérité, le mensonge, l’espoir étouffé, le dernier désespoir, la crainte, la violence, la force, le pouvoir, la pudeur et l’excès, la démesure, la culture, la campagne, la ville, la cité, la famille, le peuple, la liberté, la prison, l’honneur, l’ignorance ; c’est la mort, c’est la vie.

Et puis il y a ces bras qui se tendent, ces mains qui se tournent vers Soi pour une prière rituelle, ce soleil qui rougit de plaisir, ce ciel qui aspire, ce souffle imperceptible, régulier, saccadé, ces rugissements lointains, ces appels qui résonnent dans le silence de la nuit.

Tipasa, la belle, la douce, se veut parfois violente, dure, terrible, agressive, méchante. Elle impose son rythme, ordonne, juge, condamne et accorde son pardon dans un geste lent, magique, imperturbable souveraine.J’ai découvert Tipasa il y a bien longtemps. Bien avant qu’elle n’existe ! Je l’ai enfantée après avoir consommé une nuit de Noces épiques. Je l’ai aimée comme on aime vraiment, libre d’être enchainé, fasciné par une aura dont je me suis nourri.

Je l’ai aimée comme on aime une idée aux contours parfaits, humaine, inaccessible déesse.

J’ai aimé le vent qui courtise les nuages dans les branches des arbres, les oiseaux qui frôlent la crête des vagues, l’écume éblouissante, les remous incertains, la terre qui repose.

Je vagabonde, je marche, je cherche, j’appelle et l’écho me donne les réponses que j’attends, patient tranquille.

J’aime ce mouvement régulier, rectiligne, ordonné, agencé, rassurant ; cette précision mathématique, ce dosage précis, voulu, cette perspective improbable.Je maitrise, mais oui, cet espace-temps dans lequel se nichent les mots discrets de ma destinée.

Oui ! Je fais tout cela, consciemment, sciemment, appliqué comme un enfant studieux qui a compris depuis toujours, instinctivement, que là, se logeait, peut-être, l’objet de ses désirs.

Alors les souvenirs se mettent en marche, se dressent vaillamment, heureux de pouvoir dire enfin une Vérité pure. Et la ville s’anime, les marché se remplissent, les étals sont chargés de porter des péchés inavoués ; les roues font gronder les routes encombrées ; les enfants pleurent, rient, jouent, se chamaillent et les regards des mères se font plus doux. Les amants de la nuit se séparent tendrement et je m’endors fourbu pour retrouver mes rêves.

Tipasa m’a donné ce que je donne à mon tour, héritage sans prix, qui se transmet sans un mot, de père en fils, de mère en fille, de génération en génération.

Je Tipase.

© Aziz Fares - mai 2009

samedi 2 mai 2009

Reggane : la population sous la menace de la radioactivité

Arab Chih, Liberté, 14 février 2009


13 février 1960-13 février 2009. Il y a 49 ans, jour pour jour, la France avait réalisé ses premiers essais nucléaires dans le Sud algérien, à Reggane plus exactement. Ces premiers tirs effectués à Hamoudia avaient pour nom de code la Gerboise bleue. Leur puissance avait été trois fois supérieure à la bombe atomique larguée en 1945 par les Américains sur la ville japonaise Hiroshima. Ce jour-là donc, la France a fait son entrée triomphale dans la cour des grandes puissances nucléaires. En l’espace d’une année seulement, trois autres tirs auraient été effectués : la Gerboise blanche (1er avril 1960), la Gerboise rouge (27 décembre 1960) et la Gerboise verte (27 avril 1961). Tous des essais atmosphériques. Donc plus dangereux. Parce qu’elle n’avait pas explosé, la dernière bombe avait été la plus polluante. Et jusqu’à 1966, date à laquelle la France avait clos son programme nucléaire dans le Sahara algérien, pas moins de 13 autres essais, souterrains cette fois, avaient été opérés.
Si aucune étude sérieuse n’a été à ce jour effectuée pour déterminer, avec exactitude, les retombées de ces essais sur la santé des populations de la région, ces dernières vivent dans la hantise des irradiations. La propagation vertigineuse de toutes sortes de pathologies (cancer, diabète…) et de l’asphyxie de l’agriculture locale sont d’ailleurs imputées aux déchets nucléaires enfouis à Hamoudia, à 60 kilomètres de Reggane.

Pourtant, l’équipe de l’AIEA, qui avait inspecté en 1999 les champs de tirs, avait conclu à la faiblesse des risques de contamination, sauf dans quatre zones, qui doivent être interdites d’accès. Chose qui a été faite par la partie algérienne en 2006 en procédant au bornage du point zéro. Curieusement, les autorités algériennes, qui, depuis 2005, demandaient à cor et à cri la repentance de la part de l’ancienne puissance coloniale pour les crimes commis en Algérie, se sont imposé un silence assourdissant sur ce dossier. La raison ? Une bonne partie des essais nucléaires français s’étaient déroulés après l’indépendance du pays. Bien plus, il semble que les accords d’Évian, qui ont mis fin à une colonisation de plus de 132 ans, contenaient des clauses secrètes accordant à la France le droit d’utiliser des sites sahariens pour des essais nucléaires, chimiques et balistiques pendant cinq années supplémentaires.

C’est vrai qu’en février 2007, le ministère des Moudjahidine a organisé un colloque pour demander à la France une réparation pour toutes les séquelles causées par ses essais nucléaires au Sahara algérien.
En décidant une réparation matérielle des victimes françaises, peut-être même algériennes, des essais nucléaires de Reggane, le gouvernement français aurait-il pour autant réparé définitivement le tort commis ?
Non. Car les habitants de Reggane mettent en avant deux revendications essentielles : d’abord la reconnaissance par la France de ses tirs nucléaires comme étant un crime contre l’humanité et contre l’environnement. Ensuite, la décontamination totale de Hamoudia pour en finir définitivement avec le danger des irradiations.

Malheureux destin que celui de Reggane
P
erdue au fin fond du Sahara algérien, cette localité n’en avait été pas moins embarquée dans un épisode de la longue et douloureuse histoire de la colonisation française en Algérie, qui n’a pas fini de livrer ses secrets : les essais nucléaires de triste mémoire. Son nom restera à jamais accolé à la bombe atomique française.
Et pour cause, c’était sur son territoire, à Hamoudia plus exactement, qu’avaient eu lieu les premiers tirs nucléaires, du nom de code la Gerboise bleue, avant d’être suivis de trois autres. L’explosion de la première bombe a été pour la France synonyme de visa d’entrée dans le club très fermé des puissances nucléaires.
Elle avait été aussi un motif de jubilation pour le général Charles de Gaulle au faite de sa popularité et qui, en apprenant la nouvelle, avait, dit-on, poussé de retentissants hourras de victoire.

Quelques détails sur les jours d’avant l’explosion de la bombe
C’était le 13 février 1960. Il y a quarante-neuf ans. Mais les préparatifs avaient commencé bien avant. Les autorités coloniales avaient installé, en novembre 1957, à Reggane une base militaire où étaient affectés 6 500 militaires français, au grand dam de certaines sociétés pétrolières qui faisaient alors de la prospection, avant d’être invités à quitter les lieux. Car, avec la décision des militaires français, Reggane était considéré alors comme une zone fermée.
Quelque 3 500 ouvriers algériens avaient travaillé dans cette base. Pour les besoins de pacification de la région ou, peut-être, par précaution, le personnel algérien subissait un renouvellement tous les deux à trois mois.
En l’espace de trois à quatre mois, l’heure de l’explosion avait été reportée à deux reprises pour raison de conditions climatiques défavorables.
La journée d’avant l’explosion, les militaires français avaient donné quelques consignes à suivre aux habitants de Reggane et des localités environnantes quitter leurs maisons, fermer portes et fenêtres, et surtout ne pas ouvrir les yeux au moment de l’explosion… Les femmes des militaires et les Français habitant à Reggane avaient été déplacés en dehors de la région.
Les officiers, eux, s’étaient retranchés à Reggane. Seuls les appelés et les ouvriers algériens étaient restés dans la base de Hamoudia, à 20 km du point zéro. Valet de chambre auprès de plusieurs colonels français depuis 1957, Ali Ben Didi Ben Salem était à Hamoudia la veille de l’explosion. « Ils nous avaient mis au courant plusieurs jours à l’avance. Certains appelés étaient fous furieux. Ils pleuraient et vociféraient des jurons contre leurs supérieurs », se rappelle-t-il, amer.
Des dosimètres avaient été distribués aux populations algériennes pour être récupérés le lendemain de l’explosion.
Du matériel militaire (chars, hélicoptères…) étaient disséminés çà et là aux alentours du champ de tir. Différentes sortes d’animaux avaient été exposés à différentes distances du point zéro et, selon les dires de certains, quelques-unes de ces bêtes auraient été récupérées par les habitants de la région, égorgées puis consommées.

Un vieux raconte le jour de l’apocalypse
L
e 13 février donc, à 7h04 du matin, ce qui devait arriver arriva : la bombe explosa. Quelques instants avant, un hélicoptère tournoyait dans le ciel en survolant toute la région et en émettant des signaux sonores. Un sinistre avertissement de l’approche de l’instant fatidique. « Tout le monde s’était mis à plat ventre en fermant les yeux des deux mains. Cette précaution ne m’avait pas empêché de percevoir la lumière. Ensuite, j’avais senti la terre trembler sous mon corps. Puis j’avais entendu un son que je n’oublierai jamais. Des portes et des fenêtres de certaines maisons que les propriétaires, dans leur fuite, avaient oublié de fermer, avaient été emportées par le souffle de la bombe », se souvient le vieux Ali Ben Didi. Et de poursuivre son récit : « Un militaire français et d’autres gens saignaient du nez. Beaucoup de fouggarras avaient été détruites. Quelque temps après, le ciel était recouvert d’un nuage de poussière qui restera au-dessus de la région jusqu’aux environs de midi. Les appelés français étaient montés sur la terrasse pour suivre du regard le nuage aller vers Tanezrouft, du côté de Bordj Badji Mokhtar. » L’éclat de la bombe avait été observé de Béchar, de Bordj Badji Mokhtar et même des frontières maliennes, poursuit notre interlocuteur.
Ce n’est que deux à trois jours après que la vie a repris son cours normal. Les Français avaient commencé à nettoyer le matériel de guerre. L’ingrate et dangereuse tâche avait été confiée à des Algériens protégés, il est vrai, par des combinaisons spéciales. En quittant la région au printemps 1964, les militaires français avaient rasé la base de Hamoudia et enfouis sous le sable tous leurs déchets. Le matériel militaire était acheminé vers In Ekker à In Salah. « Pendant plus d’un mois, des bulls procédaient aux remblayages. Ils avaient tout enterré sauf une bâtisse. À ce jour, je n’en ai pas encore percé le mystère. La route bitumée qui mène à Hamoudia avait été complètement détruite », raconte encore Ali Ben Didi. Au printemps 1964, les Français avaient quitté Reggane pour s’établir à In Ekker, du côté de Aïn Salah.

Site non sécurisé, pillage et business du cuivre
Laissé à l’abandon, le site avait fait l’objet, quelques années plus tard, entre 1968 et 1970, d’un véritable pillage. Tout ce qui pouvait être vendu ou utilisé avait été saccagé. Ignorant tout du phénomène de la radioactivité, des citoyens de Reggane avaient récupéré des tôles de zinc pour être utilisées comme toitures pour leurs maisons. Des tuyaux de la conduite d’eau de la base militaire de Hamoudia avaient été subtilisés pour être utilisés dans les seggias. Le site, une véritable mine d’or pour certains adeptes du gain facile qui y venaient de partout, y compris de la lointaine Béchar, à bord de leurs semi-remorques. Ils y restaient plusieurs jours en dressant des tentes sur les lieux mêmes de l’explosion. Le moindre objet ferreux ou ayant une quelconque valeur était ramassé pour être ensuite écoulé dans un quelconque marché. Objet de prédilection, c’étaient certains tubes enrobés dans du caoutchouc, qu’ils faisaient fondre pour récupérer leur cuivre. Une fois les camions bien remplis, ils regagnèrent alors Béchar pour écouler leur marchandise au Maroc, voire même en Europe !
Des années durant, le point zéro est resté non sécurisé. Même s’il n’y avait pas âme qui vive, il reste qu’il était accessible aux animaux et aux habitants de la région qui, d’ailleurs, s’y aventuraient sans vraiment mesurer le grand risque qui les guettait. Enfants, M. A. Ksasi, président de l’association 13 février 1960, et Lehbab Abderrahmane, membre de la même association, se rendaient dans le champ de tirs pour jouer. « Il faut dire la vérité. Quand les Français étaient là, les lieux étaient sécurisés et inaccessibles. C’est à partir de 1968 que les choses se sont dégradées. Et au bout de deux ans, c'est-à-dire jusqu’à 1970, le site était tout bonnement rasés », déplore M. Lehbal. En 2006, le Commissariat aux énergies atomiques a dépêché une équipe de spécialistes pour faire des prélèvements. Et depuis, le point zéro où avaient eu lieu les trois premiers tirs a fait l’objet d’un bornage sur un rayon de 12 kilomètres. Selon des indiscrétions, l’opération a coûté quelque deux milliards et demi de centimes. Mais le danger est-il pour autant définitivement écarté ? Non. « Le bornage ne limite pas les risques car il s’agit de radioactivité », prévient M. Omar Tabek, directeur de l’environnement de la wilaya d’Adrar.
Pourquoi un si grand retard dans la prise de conscience quant à la nécessité absolue de protéger les habitants de la région des dangers des irradiations ?
Le tabou qui a entouré le dossier ? Peut-être. Surtout que depuis l’Indépendance, cette séquence de l’histoire contemporaine de l’Algérie a fait l’objet d’une véritable omerta. Personne n’osait aborder le sujet. Ce n’est qu’en 1995 qu’une poignée d’étudiants de la région a enfin cassé le tabou en décidant de commémorer l’événement, non sans quelques difficultés. Mais le premier officiel à briser le silence est l’actuel secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) Saïd Abadou qui, en 1998, du temps où il était ministre des Moudjahidine, s’était rendu jusqu’aux abords du point zéro pour inaugurer une stèle. Les habitants de la région en sont d’ailleurs gré. « Avant 1998, ce dossier était frappé du sceau du secret. C’est Saïd Abadou qui l’a mis au cœur du débat public », affirme le président de l’APC de Reggane, Abdoullah Mebarek. « Sans une quelconque protection mais seulement escorté, Saïd Abadou s’est déplacé jusqu’au point zéro », renchérit M. Lehbab.

Impact des irradiations : entre réalité et affabulation
En plus du black-out de plus de 35 ans qui l’entoure, ce dossier a une autre face cachée : les émanations radioactives des déchets nucléaires enterrés à Hamoudia. Les habitants vivent, ces dernières années notamment, dans la hantise des irradiations. Ils savent que la menace radioactive, diffuse mais réelle, est suspendue comme un épée de Damoclès au-dessus de leur tête. On raconte que des enfants seraient nés avec de vilaines malformations et des animaux auraient donné naissance à de véritables petits monstres ! Des affabulations ? Peut-être. Mais les habitants de Reggane, eux, croient dur comme fer que les déchets radioactifs enfouis ont commencé déjà à produire leurs effets néfastes sur leur santé, celle de leur bétail, sur la production agricole et sur l’environnement. Pour le maire de Reggane comme pour beaucoup d’autres, il n’y a pas l’ombre d’un doute : les émanations radioactives dégagées par les déchets nucléaires y sont pour beaucoup dans le développement vertigineux de certaines pathologies, comme le cancer, le diabète, la tension artérielle, etc.
D’ailleurs, expliquent-ils, le taux de cancéreux à Reggane dépasse la moyenne enregistrée dans la wilaya d’Adrar. Le bornage du périmètre du point zéro par les autorités est, à leurs yeux, une preuve supplémentaire quant à l’existence du danger des irradiations. « À Ksar Taarabt, à l’entrée de la ville de Reggane, le nombre de sourds-muets a pris des proportions alarmantes », assure Kaazaoui Ahmed, chef du ksar Zerafil. « Avant l’explosion de la bombe, il n’y avait que deux à trois aveugles dans les trois ksars Taarabth, tinoulef Djdida et Tinoulef qdima. Mais aujourd’hui ils sont très nombreux », croit savoir le vieil Ali Ben Didi Ben Salem. Et d’ajouter : « J’ai remarqué une terrible chose chez nous. Quand nos bêtes de somme marchent, il leur arrive de rentrer directement dans les murs sans se rendre compte. »
Les humains, eux aussi, seraient confrontés à ce problème d’équilibre. « C’est une particularité des gens d’ici. À peine la quarantaine passée, ils commencent à avoir une démarche titubante », témoigne Lehbab Abderrahmane, membre de l’association 13 Février 1960.
C’est, non sans un pincement au cœur, que les gens de Reggane déplorent la baisse de la production agricole dans la région. Un brin de nostalgie émaille d’ailleurs leurs propos quand ils évoquent l’âge d’or de leur agriculture. Ces temps pas très lointains pourtant où la tomate de Reggane envahissait les marchés européens. « Chaque jour, on embarque des tonnes de tomates sur des camions qui sont ensuite acheminés à l’aérodrome de Reggane pour être emmenées, à bord d’avions militaires, au nord du pays ou exporté vers l’Europe », se souvient un citoyen. Selon les dires de certains, même la localité de Zaouïa El-Kounta, à 80 km de Hamoudia, est confrontée, quoiqu’à un degré moindre, au problème de la baisse de la production de la tomate. « Mais ces dernières décennies la production a baissé et la seule usine que nous avions ici a mis la clé sous le paillasson en 1991. » Comme la production de la tomate, celle des dattes ne serait pas en reste. Elle aurait baissée et la qualité se serait détériorée. « Autrefois, la récolte des dattes était très bonne. Bien plus, on exportait au Mali et au Niger. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Même la qualité s’est détériorée. La cause ce sont les irradiations », souligne M. Kaazaoui.
Les responsables locaux déplorent l’absence d’études
Quel crédit accordent les responsables locaux des secteurs concernés (santé, agriculture et environnement) à ces scénarios-catastrophes ?
Ils refusent de succomber à l’alarmisme ambiant et préfèrent aborder la question des effets des irradiations avec une grande circonspection. Ils mettent tous en avant l’absence d’une quelconque étude pour justifier leur prudence. « Il n’y a aucune étude sérieuse et approfondie quant aux effets des irradiations sur l’environnement, la santé ou l’agriculture. Seuls les Français en ont fait », explique M. Tabek.
« Les pathologies médicales existent. Mais les lier aux irradiations, ce n’est pas une chose évidente. Il faut avoir des données fiables sur la période d’avant et d’après l’explosion de la bombe. En l’absence d’études, la question reste toujours posée. Il se peut que les irradiations aient eu un impact sur la flambée des pathologies mais d’autres facteurs peuvent aussi en être à l’origine », assure Dr Abdelli Mohamed, président du conseil médical. « On sait qu’il y a des irradiations mais personne ne peut circonscrire les limites du danger. Rien de sérieux n’a été fait alors qu’on parle de la question depuis six ans. Avant c’était tabou », insiste, pour sa part, Dr Mustapha Oussidhoum.
Avant d’ajouter : « Pour faire ce genre d’étude, il faut avoir des laboratoires spécialisés et un personnel qualifié. Il faut disposer d’un centre pour le diagnostic et d’un autre pour le traitement. Ce qui n’est pas le cas chez nous. »
À l’instar de ses collègues, M. Benkaaoukaou, sous-directeur de l’EPH de Reggane, refuse d’établir une quelconque causalité entre les irradiations et l’augmentation des pathologies.
« Certes, il y a augmentation du nombre de cancéreux mais techniquement on ne peut pas dire que cela est dû aux irradiations. Il n’y a aucune étude sur le nucléaire ni dépistage. Il se peut qu’il soit dû à l’élargissement de la couverture médicale », dit-il.
Quant à M. Boudifa Abdelwahed, subdivisionnaire de l’agriculture à la daïra de Reggane, il ne sera pas plus disert que les responsables des autres secteurs. « Cela fait quinze ans qu’on vient ici pour me poser la même question : l’impact des irradiations sur la production agricole. Je suis un agronome et non un spécialiste du nucléaire.
Ce que je sais c’est que les essais atmosphériques dégagent toujours des irradiations. La durée de vie des éléments radioactifs peut être de quelques secondes ou de plusieurs siècles.
Ce qu’il faut savoir aussi c’est que chaque plante a un seuil de radioactivité naturelle. En l’absence d’une étude sérieuse, on ne peut pas être catégorique. La baisse de la production est peut-être due au morcellement des terres, à la sécheresse… »
, affirme-t-il.

L’association du 13 Février 1960 interpelle la France
C’est donc le flou le plus total. Personne n’est en mesure, aujourd’hui, de dire la vérité à une population légitimement inquiète. Le salut lui viendrait-il peut-être de l’association du 13 février 1960 qui, avec son action revendicative, pourrait un jour faire bouger les choses.

Créée en 1997 et agréée en 2000, elle s’est toujours employée à la sensibilisation des écoliers et des citoyens quant aux dangers des irradiations. Depuis 2002, elle commémore l’événement en organisant, la nuit de chaque 13 février, une marche de scouts qui, les bougies à la main, sillonnent la ville de l’entrée jusqu’à la place des Martyrs jouxtant le siège de l’APC où un sit-in est observé. Des activités sportives et des conférences sont aussi organisées.
Les animateurs de cette association militent pour que la France reconnaisse les tirs nucléaires comme étant un crime contre l’humanité et contre l’environnement. Ils veulent aussi que l’ancienne puissance coloniale procède à la décontamination de la région. Le lancement d’une étude scientifique pour déterminer le degré du danger est vivement souhaitée.
L’autre vœu des membres de cette association est que le ministère de l’Éducation nationale procède un jour à l’intégration de cet événement dans les programmes scolaires. « De la France, nous attendons qu’elle nous donne les plans pour déterminer les lieux où sont enfouis les déchets comme nous escomptons une réparation. Mais notre État doit aussi envoyer des équipes de spécialistes dans tous les domaines pour faire des études et prendre les mesures qui s’imposent », affirme le P/APC. « Contrairement aux militaires français contaminés, nous ne voulons pas d’une réparation matérielle et individuelle », lance Lehbab. Les attentes de l’association alors ? Son président, M. Ksaci, explique : « Nous voulons une solution durable et non pas de replâtrage comme c’est le cas avec le bornage du point zéro. On aurait aimé que notre région soit décontaminée, dotée d’un hôpital équipé et spécialisé et d’une station de filtrage d’eau, etc. »
Mais le plus grand souhait des membres de l’association est que État algérien hausse un peu plus le ton vis-à-vis des autorités françaises.

Un téléfilm sur la même question vient d'être diffusé sur le service public

Le 28 Avril, à 20 h 30, sur France 2 « Vive la bombe » de Jean-Pierre Sinapi nous a relaté un essai nucléaire français enfoui du 1er mai 1962, au cœur du Sahara, base française d'In Ecker. Ce sera l'accident de Béryl puisque la montagne s'est fissurée. Cet accident a été dissimulé par l'état farnçais pendant plus de vingt ans.
Malheureusement le sujet n'est traité que du point de vue français, ce qui est bien dommage et tristement prévisible. Beaucoup de sentiments d'une mère inquiète pour son fils ... C'est même loin des préoccupations de tous les français soucieux de ce genre de problèmes.
« Pratiquement rien sur les populations de la région, la flore et la faune, les retombées sur toute la région et les pays voisins et les compteurs qui grésillent même aujourd'hui ... Mais des réflexions inutiles et gratuites sur l'Algérie française, le FLN, etc... » m'écrira Djamel, un de mes amis Algériens.
En effet, Le film est très franco-français et est bienveillant par rapport à l'Algérie Française et ne parle de l'Algérie qu'à travers le FLN qui est critiqué. Effectivement les Français n'ont rien de bien consistant pour comprendre des faits qui à l'époque lui ont été cachés. D'ailleurs, est-ce qu'aujourd'hui la volonté existe de dire les choses telles qu'elles sont sur cette époque ? Pourquoi n'est-il fait mention nulle part des accords d'Evian ? Les jeunes Français n'ont aucune chance d'y comprendre quoi que ce soit. Quant aux Algériens, une fois de plus, c'est la chappe de plomb qui s'abat sur eux
Ce qui est positif est que la projection est tombée juste au moment du procès sur le sujet qui s'ouvre à Paris concernant le problème rencontré en Polynésie.
Yahia

mardi 28 avril 2009

Leïla Sebbar : Mon cher fils - Elyzad - 2009

Un roman sur l'exil, l'émigration et
la difficile communication entre les générations

Un chibani des trente glorieuses revient au pays, au bord de la mer. Il a eu 7 filles et un seul garçon. Sa femme est restée en France. Il n’a plus de nouvelles de ce « cher fils ».

Alma est écrivain public à la grande poste d’Alger. Sa maman qui est en Bretagne promet toujours de revenir et tarde à le faire. Son papa est musicien, il joue du luth.

L’histoire se déroule pendant la décennie noire, au moment où les attentats sont nombreux et où ils confisquent la vie. L’époque des intégristes qui détruisent un peu plus encore une jeunesse qui n’a rien demandé : « Nous, on ne pense pas, on pense rien, on veut vivre et on vit pas… chez nous presque tous les hommes ont pris le maquis pour la guerre de libération, ils sont pas tous morts, les vieux sont pensionnés, des petites pensions pas comme les autres, les colonels, les généraux, tout ça… Quelle guerre pour tous ces galons ? Le maquis ? Alors combien d’officiers supérieurs, s’ils sont encore vivants ? La guerre contre les islamistes ? La guerre civile ça donne des galons ? S’engager dans l’armée, dans la police, on aura du travail, on sera les plus forts contre les frères… On veut pas. On fait de la musique… »

Tous les jours, Alma retrouve le vieil homme qui a rempli sa vie dans les usines Renault de Billancourt et invariablement commence une lettre, toujours la même qui ne s’achève pas, par « Mon cher fils… ». C’est l’occasion pour le vieil homme de confier sa vie à cette jeune fille et de lui dire combien son fils lui manque. L’oreille de l’écrivain public est sans doute d’autant plus attentive et bienveillante qu’elle-même souffre da sa séparation avec sa mère. Ils partagent aussi tous les deux la difficile communication avec deux êtres chers. Petit à petit, Alma partagera ses confidences avec le vieil homme et ce sera aussi l’occasion pour elle de parler de la servante Minna, véritable seconde mère qui est une magnifique conteuse.

Au fil des pages, on apprend que le vieil homme n’a jamais pu ou n’a jamais su parler de sa vie à son fils lorsqu’il était avec lui en France. C’est pas faute d’avoir tenté pourtant. Une fois, lors d’une tentative, le vieil homme a entendu son fils pour la dernière fois : « … c’est tes histoires et l’Algérie je n’ai pas envie d’en entendre parler, ni la guerre, ni avant la guerre, ni rien. La vie c’est le présent et vous, toi, quelle vie, quel présent ? Ce qu’on nous raconte, tu crois que je n’entends pas, dans les livres aussi, avec Hanna, on a lu tous les livres, peut-être pas tous, mais beaucoup, c’est des histoires, qui les écrit ces histoires, qui écrit cette histoire-là ? Une histoire où on est soumis, Romains, Turcs, Français, colonisés. On est persécutés et chassés d’Espagne, on dit « le Siècle d’Or », il est loin le siècle d’or et peut-être qu’il n’était pas si glorieux que ça, ce siècle d’or, en Espagne, en Orient, on parle des cours royales, princières, et le peuple, il est où ? Et l’histoire coloniale, on est toujours des pauvres types, pauvres, ignorants, exploités, résignés… Sur plusieurs siècles, combien d’années de résistance, quelques tribus rebelles, l’Émir a été vaincu, des tribus l’ont trahi, l’Émir noble prisonnier, mais il a été battu et après lui quelques insurgés déportés… Et les soldats de l’Armée d’Afrique, j’ai vu le film Indigènes, des héros ? Les tirailleurs, nos ancêtres, dans les guerres coloniales, du côté de la répression militaire contre des révoltés à mains nues, c’est vrai ou non ? Madagascar, l’Indochine, la Tunisie, le Maroc, la Syrie… et j’en oublie Alors toutes ces histoires, cette Histoire où on est toujours du mauvais côté, j’en veux pas, tu m’entends, j’en veux pas. La guerre de libération nationale, sept ans et après. Les pays indépendants, dis-moi comment ils gouvernent pour leurs peuples, dis-moi. Et toi, ton pays, qu’est-ce qu’il te donne ?Pourquoi tu restes ici, pourquoi ? Et l’immigration, comment on nous présente ? u le sais toi, même quand on veut nous défendre ou plutôt vous défendre, vous, les immigrés, comment ? Dis-moi, toi, des victimes sourdes et muettes, c’est vrai ou c’est pas vrai ?… non, je dis moi, ça suffit, barakat, ça suffit, tu comprends ? » C’est tout le drame de sa vie, ce fils inaccessible dont il pressent un destin tragique.

Tout au long de ce magnifique roman, nous assistons à cette déchirure, à cette impossibilité d’atteindre le fils tant chéri. Et Leïla Sebbar écrit une véritable ode aux immigrés qui rend ce roman encore plus émouvant, plus touchant.

L’écriture est très fine, ciselée même Leïla Sebbar s’affranchit des règles classiques de la ponctuation, notamment au niveau des dialogues, ce qui rend le récit beaucoup plus réaliste et donne le rythme du langage oral au récit.

Dans ce roman, le lecteur retrouvera les thèmes qui sont chers à Leïla Sabbar et sur lesquels elle a déjà tant dit, où il lui reste, on le sent bien, tant à dire encore. Dans ce roman, elle a réussi à toucher nos âmes.

dimanche 26 avril 2009

Nourredine Saâdi : La nuit des origines – L’Aube - 2005



Une « réfugiée mentale », un manuscrit comme
lien avec les racines et un lit retrouvé aux Puces

Abla est architecte et vient se réfugier en France avec dans ses bagages un vieux manuscrit du XVII ème siècle (11 ème siècle musulman) de son aïeul Si Kebir Belhamlaoui. Ce manuscrit va devenir un vrai personnage de ce roman profond, plein de sensibilité et qui va au plus près des sentiments des déracinés. Un autre personnage sera le lit Ottoman dans lequel elle dormait, au-dessus du Rhummel à Constantine qu’elle « retrouve » aux puces de Saint Ouen comme si elle l’avait déménagé dans La Souika, la médina de Constantine, sa ville natale.

C’est par hasard, alors qu’elle voulait s’abriter de la pluie, qu’Abla entre dans cette boutique d’antiquaire où elle va faire la connaissance d’Ali-Alain, autre natif de Constantine et ami de Jacques, le patron des lieux. De cette rencontre naîtra une étrange histoire d’amour, torturée qui va réveiller les origines d’Ali alors lancé dans l’aventure des élections municipales.

Abla vit dans un foyer de l’Armée du Salut, le Palais deb la Femme, non loin de la station de métro tristement célèbre, Charonne et psalmodie souvent des versets appris par cœur, dans sa jeunesse : « Allahouma Ô mon Dieu, bénis la parenté… Allahouma Ô mon Dieu, noie-moi… ». Ces prières reviennent tout au long du récit et soulignent le caractère tourmentée de la belle Abla. De quoi vit-elle ? Le lecteur ne le sait pas. Abla, en attendant ses papiers officiels, pense à vendre son précieux manuscrit légué par son grand-père, titulaire de la Légion d’Honneur. Elle va être mise en relation avec une experte de la BN et un commissaire priseur réputé intéressés par ce superbe objet décorés d’enluminures en couleur.

Abla n’a pas fuit l’Algérie sous la menace (c’est à l’époque de la décennie noire), elle a « fui la maladie de la mort, l’épidémie de meurtre, peut-être ai-je voulu me fuir moi-même… » « Considérez-moi comme une réfugiée mentale » dira-t-elle au fonctionnaire qui instruit son dossier à la préfecture pour sa carte de résidence et qui lui répondra que les textes n’ont pas prévu ce cas. C’est ainsi qu’existe Abla, en France. Elle est sans cesse reliée au passé, d’autant plus qu’elle retrouve ce lit et Alain et, en même temps le fui avec acharnement, dans des crises spectaculaires et totalement traumatisantes pour Ali qui l’aime profondément et à qui elle échappe sans cesse.

En fait, Abla n’échappe pas à ses racines, à son histoire, d’autant que ce manuscrit remonte à la nuit des origines. Manuscrit qu’elle n’arrive pas à quitter, comme si elle avait besoin de ce cordon ombilical « Ce manuscrit est une relique, des généalogies compliquées ont usé leurs yeux dessus, ont appris et répété des versets comme les anachorètes s’échinent sur les noms de Dieu jusqu’à l’évanouissement ; comme l’enfant répète son nom pour ne jamais l’oublier. » Finalement elle ne se séparera pas vraiment de ses origines : « Constantine est pour tous ses enfants la Ville des Villes, une cité métaphorique, une fiction de ponts et de mythes qui ne doit exister que dans le regard de ceux qui y sont nés, l’ont vue un jour et aimée »

Nourredine Saâdi nous offre là une très belle histoire, formidablement documentée avec des dialogues fondus dans le texte qui rendent cette œuvre vivante et très touchante, surtout pour une fils de… Constantine.

lundi 20 avril 2009

Benjamin Stora : Les guerres sans fin - 2008 - Stock

Comment être historien, vu de l’intérieur

Benjamin Stora est LE spécialiste de l’histoire algérienne. On ne compte plus ses ouvrages sur la guerre d’Algérie et sur l’histoire du Maghreb. Il est aussi l’auteur de documentaires très réussis sur la guerre qui a longtemps refusé son nom.

Dans ce livre, Stora nous ouvre les portes de sa façon d’appréhender l’Histoire et son histoire. Ce livre est en effet entre l’Histoire et le témoignage de l’historien qui a effectivement vécu la guerre d’Algérie. C’est cette position originale qui est le fil rouge de cet ouvrage qui nous fait pénétrer dans les dédales de la réflexion historique de Benjamin Stora. Il y parle de son engagement politique, au même titre qu’il évoque son identité algérienne ainsi que sa démarche d’historien souvent contestée.

On comprend mieux en lisant ce livre pourquoi il travaille tant avec Mohammed Harbi, acteur de la révolution algérienne et historien. Tous les deux font de leur subjectivité un atout important de leurs approches d’historien qui les aident à parler différemment de l’Algérie, sans jamais tomber dans la mémoire partisane.

Tout au long de cet ouvrage, on passera de la guerre d’Algérie, aux conflits de mémoire et aux règlements post coloniaux, à la décennie noire, aux luttes intestines au sein du mouvement révolutionnaire algérien. En 1995, Benjamin Store recevra des menaces de morts qui vont une fois de plus dans sa vie le conduire à s’expatrier pour un temps au Vietnam. Il y peaufinera sa pensée et apaisera ses douleurs.

C’est renforcé par les épreuves de la vie (perte de sa fille, crise cardiaque et menaces de mort) que Benjamin Stora poursuit son parcourt d’historien atypique et passionnant. Lire son livre permet de comprendre à la fois les évènements et la démarche de l’auteur.

mardi 14 avril 2009

Maïssa Bey : Pierre Sang Papier ou cendre - Éditions de l'Aube - 2008


Un enfant traverse les siècles dans une Algérie bouleversée
ou
" Liberté, j'écris ton nom " !

« Algérie 1830 - 1962 : pendant 132 ans, madame Lafrance s’est installée sur “ses” terres pour y dispenser ses lumières et y répandre la civilisation, au nom du droit et du devoir des “races supérieures”. Face à elle, l’enfant, sentinelle de la mémoire, va traverser le siècle, témoin à la fois innocent et lucide des exactions, des spoliations et des entreprises délibérées de déculturation, jusqu’à la comédie de la fraternisation. »

Maïssa Bey

Roman ou leçon d'Histoire poétique ? Peut-être une grande fresque de l'Histoire de l'Algérie ? sans doute tout ça à la fois.

Dans ce livre, une fois de plus, Maïssa Bey laisse sa plume exprimer sa sensibilité, ses convictions. Très astucieusement, elle met en scène "l'Enfant" qui traverse les époques et assiste aux agissements de Madame Lafrance.

Le lecteur suit ainsi la chronologie de l'Histoire algérienne. Ceux qui ne sont pas au fait de la question algérienne peuvent suivre un véritable cours d'histoire avec la poésie en plus. Maïssa Bey n'oublie rien et elle jalonne son récit des principaux évènements qui ont marqué cette Algérie conquise, colonisée, dévastée par le napalm, massacrée. Depuis l'invasion, la résistance des troupes d'Abdel Kader, les insurrections multiples, les enfumages, en passant par les massacres de Sétif et de Guelma, la mascarade de la fraternisation du forum d'Alger, sans oublier le massacre des messalistes à Melouza et le départ massif des Français d'Algérie en 1962.

Tout au long des pages de cette grande fresque, le lecteur assiste à l'indignation, à la colère de l'auteure qui ne mâche pas ses mots contre les maux des colonisateurs, contre le pendant de madame Lafrance, monsieur Laloi qui légitime tous les abus, toutes les inégalités. Saine colère qui devrait faire réfléchir les partisans de la "colonisation positive".


Maïssa Bey n'oublie pas l'Histoire. Elle sait que celle-ci est indispensable à la construction du futur. Le dernier chapitre est consacré à cette nécessité et c'est avec force qu'elle retrace l'épopée algérienne au travers du regard de cet enfant. Signe de nécessité et d'espoir, de lucidité aussi.

Il faut lire ce bel ouvrage !

jeudi 9 avril 2009

Nous sommes le 9 avril 2009 et je ne vote pas...

En Algérie, il n'y a pas de suspens :
Boutef va être "élu" dans un fauteuil !

Une fois de plus, un jour de vote est un non évènement.
Une fois de plus, le peuple algérien est bafoué;
Une fois de plus, les honnêtes gens passent à côté de leur destin.
Une fois de plus, silence dans les rangs.
Une fois de plus, l'opposition n'est pas à la hauteur.
Une fois de plus, on se donne bonne conscience.
Une fois de plus, l'Algérie est sous le joug des corrompus.

Une fois de plus, je ne voterai pas, faute d'obtenir la nationalité algérienne !

Une fois de plus, je continue le combat !

Mais, je ne suis plus seul, il y a http://dalgerie-djezair.viabloga.com/

samedi 4 avril 2009

Nouvelle démarche pour obtenir la nationalité Algérienne

Suite de mes démarches, après mon billet de février 2008
Lettre au Président de la République Démocratique Algérienne
El-Mouradia 16000 Alger Gare President@el-mouradia.dz

Monsieur le Président,

Je suis né le 25 juin 1948 à Constantine et j’ai quitté ma terre natale en Août 1962. Depuis, j’ai effectué 3 séjours en Algérie. Le premier en 1984, à Alger et Constantine, le second, tout le mois de mai 2004 à Constantine et le troisième tout le mois de mai 2005.

Passé 57 ans, j’ai pris la décision de demander la nationalité algérienne, car je considère que ma terre natale est mon Pays et qu’à l’époque où j’ai été expatrié je n’avais pas le choix et, les années passant, il me semble temps de mettre fin à une situation que je n’ai jamais souhaitée et que je ne supporte plus.

À la retraite depuis septembre 2003, je peux à présent me rapprocher plus encore de mon pays et de ma ville, Constantine, je peux enfin venir plus souvent partager la vie de mes frères algériens.

Avant de terminer ma vie, je voudrais inscrire ce symbole, afin que mes enfants et petits enfants se souviennent que c’est la fraternité qui fait la richesse des hommes et des femmes qui vivent sur cette Terre.

Pouvez-vous me faire savoir les droits et les devoirs de quelqu’un qui obtient la nationalité algérienne et les démarches qu’il me faut entreprendre, ainsi que le délai d’obtention, dans le cas d’une réponse positive ? Je sais à présent, par mes recherches sur Internet que le code de la nationalité prévoit :

2/- Conditions d’acquisition de la nationalité, selon l'article 10 :"L’étranger qui en formule la demande peut acquérir la nationalité algérienne", à condition :
1- D’avoir sa résidence en Algérie depuis 7 ans au moins au jour de la demande.
2- D’avoir sa résidence en Algérie au moment de la signature du décret accordant la naturalisation.
3- D’être majeur.
4- D’être de bonne moralité et de n’avoir fait l’objet d’aucune condamnation infamante.
5- De justifier de moyens d’existence suffisants.
6- D’être sain de corps et d’esprit.
7- De justifier son assimilation à la communauté algérienne.

Constitution du dossier de naturalisation dans les conditions prévues à l’article 10 :
1- Extrait de naissance.
2- Copie du casier judiciaire n°3.
3- Résidence n°4 délivrée par les services compétents.
4- Attestation de non pauvreté.
5- Certificat médical de bonne santé (sain de corps et d'esprit).
6- Attestation de travail ou carte professionnelle ou copie du registre de commerce.
7- Acte de mariage.8- Extraits de naissance des enfants mineurs.
9- Certificat de nationalité de la mère et de l’époux (se).
10- Certificat de non imposition.
11- 03 photos d’identité.

Mon questionnement est comment remplir ces conditions ? Comment habiter 7 ans en Algérie avec des visas de trois mois maximum ?

Ces questions m’amènent à vous questionner sur la volonté réelle de l’Algérie pour que ses enfants puissent en toute liberté choisir la nationalité afférente à leur sol natal. L’Algérie doit reconnaître le droit du sol tout autant que celui du sang. Je n’ai jamais décidé de quitter mon beau Pays en 1962. Je n’ai fait que suivre mes parents puisque je n’avais que quatorze ans. Pourquoi, aujourd’hui, alors que je suis majeur, en situation de choisir en responsabilité la nationalité algérienne, je ne le peux pas ?

Dans la situation de tension entre la France et l’Algérie, ne serait-il pas temps que des cas comme le mien soit soumis au débat et constitue un symbole de l’Algérie nouvelle, celle qui va de l’avant, ignore les barrières, reconnaît tous ses enfants en leur accordant s’ils le souhaitent le droit du sol. Quel beau symbole ce serait ! Quelle victoire sur l’obscurantisme ! Quelle belle mesure de justice pour des personnes comme moi qui sont des ALGERIENS-FRANÇAIS.

Monsieur le Président, vous avez le devoir, devant l’Histoire de mener les réformes qui découlent de ces réflexions. Nous, les exilés involontaires, nous saurons aider notre pays, aux côtés de nos frères musulmans.

C’est avec volontarisme, justice et raison qu’il sera possible de nous éloigner des spectres de la guerre qui a mis trop longtemps à dire son nom. Construisons cette Algérie ensemble, à égalité de droits et de devoirs.

J’ajoute que, dans le cas où cette nationalité me serait accordée, je compte me rendre à Alger pour retirer les pièces officielles attestant de ma nouvelle nationalité.

J’ai déjà écrit à Monsieur le Ministre de la Justice et je n’ai jamais obtenu de réponse. En annexe, vous trouerez mes différents courriers.

Dans l’attente de votre réponse, soyez assuré, Monsieur le Président de la République, de l’expression de mes sentiments respectueux et de mon attachement indéfectible en l’Algérie.

La suite dans un prochain post, c'est promis...

jeudi 26 mars 2009

Faisons quelque chose pour diffuser le Livre Algérien


Ouvrir la porte en forçant un peu la serrure de la littérature Algérienne, c'est un peu continuer le travail entrepris avec brio par Najia Abeer, poursuivi par d'autres et d'autres encore.
Forçons les verrous de la diffusion, afin que ces oeuvres vivent !
Constantine et les oiseaux de la murette : NAJIA ABEER
Je suis membre du forum de Lounès Ramdani :
DzLit ( Littérature algérienne ) et j'y contribue par l'envoi de notes de lecture.







Je suis également l'ami fidèle de notre regrettée Najia Abeer, de son vrai nom Najia Benzeggouta (j'ai appris avec une très grande tristesse le décès de son papa, Mâamar).

Je trouve qu'il est dommage que la littérature de mon pays ne soit pas plus connue.

Une des raisons est que la diffusion des livres édités en Algérie est très, très insuffisante.

J'ai donc pensé qu'outre la rédaction de ce blog, je pourrais peut-être apporter ma modeste contribution en relayant des éditeurs Algériens pour assurer la diffusion des oeuvres éditées en Algérie et pas en France. le dispositif risque d'être lourd, mais cela ne vaut-il pas la peine d'essayer ? Je propose donc :
1 / mettre les liens de tous les éditeurs Algériens d'accord, sur mon blog :


2 / diffuser toutes les infos souhaitées sur ce blog


Aidez-moi à contacter d'autres éditeurs Algériens !!!
Merci de vos réponses SUR CE BLOG...






































Constantine : citadelle des vertiges : MADJID MERDACI


Le serment des barbares : YASMINA KHADRA





Le village de l'Allemand : YASMINA KHADRA




















Nulle part dans la mison de mon père : ASSIA DJEBAR

















Il n'y a pas d'os dans la langue : NOURREDINE SAADI

















Ce que le jour doit à la nuit : YASMINA KHADRA