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lundi 15 août 2011

Dernières nouvelles d'Algérie

L'arnaque de décembre 2010 :
«L’offensive de grande envergure»
contre Al Qaïda en Kabylie

La fin de l’année 2010 et les six premiers mois de l’année 2011 ont été marqués par des événements qui ont fait la Une des médias algériens. Surexposés ou surmédiatisés, ces événements se sont révélés comme des flops ou des arnaques. Grande offensive antiterroriste en Kabylie, ouverture des médias publics au pluralisme, agrément de nouveaux partis politiques, nouveau billet de 2000 dinars, dépénalisation du délit de presse... DNA revient au cours de cet été sur ces grandes arnaques qui ont fait les choux gras de la presse. Premier épisode : La grande offensive de l’armée contre Al Qaïda en Kabylie.



Tout le monde a tartiné dessus, DNA y compris avant que nous décidions de ne plus publier une ligne supplémentaire sur le sujet.
Des hélicoptères, des blindés, des milliers d’hommes en renfort, les réseaux de téléphonie mobile brouillés, l’opération lancée par l’armée en décembre 2010 a été présentée, nous l'avions présentée, comme une offensive de grande envergure contre les groupes d’Al Qaïda au Maghreb islamique qui infestent les maquis de Sidi Ali Bounab, en Kabylie. On allait voir ce qu’on allait voir en matière de lutte anti-terroriste.

Retour sur cette grande offensive médiatique

Sauf que huit mois après cette opération, on ne sait fichtrement rien de ses résultats. Et on en vient même à douter qu’elle ait eu lieu, du moins dans les propensions et l’ampleur que la presse lui a donnée. Une opération flop ? Une manipulation ? Retour sur cette grande offensive médiatique.
Mercredi 9 décembre 2010, la presse, y compris DNA bien sûr, annonce qu’une opération militaire est en cours dans les maquis de Sid Ali Bounab, réputés depuis le milieu des années 1990 comme un fief des groupes armés affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), dirigée par Abdelmalek Droukdel.
Objectif ? Faire capoter une réunion que ce dernier préparait avec ses troupes, dont plusieurs émirs, dans ces maquis touffus et presque impénétrables de Kabylie.

3000, 4000, 5000, 6000, 7000 soldats engagés dans la bataille

Des milliers de soldats, 3000, 4000, 5000, 6000, voire même 7000, sont lancés dans la bataille. Des hélicoptères et des blindés sont dépêchés en renfort pour appuyer les troupes sur le sol. Des officiers supérieurs de l’armée, on parle même de deux généraux et d’un patron d’une région militaire, supervisent les opérations.
Les réseaux téléphoniques des trois opérateurs, Djezzy, Nedjma et Mobilis, sont brouillés et deviennent même inaccessibles dans plusieurs localités de Tizou Ouzou, Bouira et Boumerdés. Le grand ramdam!
Cette offensive rappelle celle menée par l’armée durant l’automne 1997 contre les fiefs du GIA, à Thala Acha, à Sidi Moussa, et à Oued Allen, dans les plaines de la Mitidja.
A une différence prés. A cette époque, les journalistes étaient conviés à assister aux briefings quotidiens conduits par le général Fodhil Cherif. Ils avaient même droit d’interroger des terroristes capturés au cours de cette opération.
En décembre 2010, l’offensive de l’armée contre les maquis d’Al Qaïda s’est faite dans l’opacité la plus totale.
Il n’empêche…

Dix, vingt, vingt cinq terroristes tués

Au cours des cinq premiers jours qui ont suivi le début cette offensive, des informations commencent à filtrer dans la presse. On y évoque le déroulement des opérations, les moyens engagés ainsi que les premiers résultats, c'est-à-dire l’élimination de plusieurs terroristes.
Dix, vingt, vingt cinq, les chiffres varient selon les titres et les sources.
Parmi les activistes éliminés, on dénombre deux gros poissons. Le premier n’est autre que le chef d’Al Qaïda au Maghreb, Abdelmalek Droukdel. L'homme donné mort, les services de sécurité se seraient ainsi rendus chez sa famille pour prélever des échantillons d’ADN pour aider à son identification.
Le second, s’il n’a pas l’envergure de son chef, n’est pas moins connu : c’est Abdelkahar Belhadj, fils d’Ali Belhadj, ancien numéro deux du FIS. Des échantillons d’ADN on été prélevés auprès de ses proches pour aider à l’identification de son corps.

Sources anonymes

L’opération se poursuit pendant plusieurs jours. Si la presse continue de publier des détails parcellaires mais plus ou moins précis, les autorités elles ne soufflent pas mot. Pas le moindre communiqué du commandement de l’armée, pas le moindre début d’une déclaration du ministère de l’Intérieur. C'est à peine si les médias n'inventaient pas cette opération...
Diable ! 7000 militaires lancés aux trousses d'Al Qaïda en Kabylie, deux généraux engagés dans la bataille, le chef même d'Al Qaïda au Maghreb islamique qui serait élimé au cours des engagements militaires et les officiels ne pipent pas un mot! Cette opération, à ne plus en douter, est une invention de journalistes...
C’est que, comme de coutume, les informations sont livrées par des sources anonymes, d’honorables correspondants qui refusent d’être cités.
Le premier, le seul et dernier responsable à s’exprimer sur le sujet est le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Interrogé mercredi 22 décembre 2010 par des journalistes, le chef de l’Exécutif confirme le déroulement de l’opération mais refuse de s’attarder sur la question. « Le bilan de l’opération vous sera fourni par les services concernés », répond-t-il laconiquement. Sans plus !

C’était six mois plutôt

Six mois plus tard, on ne sait toujours rien de cette opération. Les « services concernés » n’ont pas fourni de bilan et la presse n’a plus communiqué sur le sujet depuis lors. Abdelmalek Droukdel mort ou encore vivant ? On attend toujours les résultats des échantillons de son ADN prélevés en décembre 2010.
Le fils de Belhadj éliminé en décembre 2010 au cours de cette l’opération en Kabylie ? Selon notre confrère de la presse arabophone Ennahar (édition du mercredi 27 juillet), ce dernier a été plutôt abattu lundi 25 juillet à Thénia, à 100 km à l’est d’Alger, alors qu’il transporterait une ceinture bourrée d’explosifs.
L’opération de l’armée en Kabylie ? Une grande opération qui retombe comme un soufflé.
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